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À quand un Mémorial de la traite des noirs à Bordeaux ?
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foto: mascaron à tête de Noir
“Nous ne concevons pas notre travail dans une optique de diabolisation ou de victimisation, mais comme un travail serein de vérité” explique avec calme Karfa Diallo membre fondateur et cheville ouvrière de l’association bordelaise DiverCités. Depuis 1996, cette association a fait de la création d’un mémorial de l’esclavage à Bordeaux l’axe essentiel de son action dans une ville où, de 1672 à 1826, quelque cinq cents navires du cru déportèrent pas moins de 150 000 Noirs d’Afrique vers les Antilles.
Passé négrier
La reconnaissance par la cité girondine de sa participation à la traite des Noirs ne va pas de soi. Bordeaux n’est pas Nantes. Pourtant les traces de ce passé sont visibles sur les frontons de la riche architecture du XVIIIe siècle, à l’intérieur de quelques prestigieux bâtiments, sur les plaques des rues ou à travers cet objet devenu touristique et vendu par l’Office du tourisme : le mascaron à tête de Noir.
Certes, historiens et spécialistes débattent encore de l’impact financier de la traite sur la fortune bordelaise. Si, pour certains, le commerce triangulaire n’aurait eu qu’une incidence faible dans l’enrichissement de Bordeaux, bien loin derrière les revenus tirés des vignobles et du commerce en droiture directe avec les Antilles, pour d’autres, comme Eric Saugera, le commerce de la traite aurait paradoxalement eu des conséquences négatives sur le développement de la ville et de sa région. Dans un récent livre, Danielle Pétrissans-Cavaillès montre au contraire les retombées de l’activité négrière sur le développement économique, social urbain et culturel de la ville. Elle insiste sur la difficulté à démêler la part qui revient à la traite tant les interpénétrations des différents acteurs de la vie économique bordelaises - armateurs, négociants, agriculteurs, artisans, financiers… - étaient, économiquement et matrimonialement, étroites. Avec 11,4 % du commerce national de la traite, loin derrière Nantes (plus de 41 %) la capitale girondine avec La Rochelle, le Havre, Amsterdam ou Bristol a été un maillon du commerce de la traite qui, sur trois siècles, se solda par douze millions d’enfants, de femmes et d’hommes arrachés à la terre africaine. Trois longs siècles souvent absent des manuels scolaires et de la mémoire nationale et, pour Karfa Diallo, “de la mémoire collective de l’humanité”.
Mutisme et tergiversations municipales
Si certaines villes portuaires reconnaissent ce passé, Bordeaux rechigne. Après le “mépris souverain” de l’ère Chaban, une fin de non recevoir caractérisa l’attitude du premier mandat municipal de l’équipe Juppé. En juin 2001 les choses semblent changer. Fort de sa réélection et, selon Karfa Diallo, contraint par l’introduction de cette question dans la campagne électorale par la liste “Couleurs bordelaises”, Alain Juppé décide de recevoir les animateurs de l’association.
Le premier magistrat de la ville aurait alors accepté le principe d’une reconnaissance du rôle de Bordeaux dans la traite des Noirs. Pourtant, depuis rien n’a bougé. Les quatre revendications avancées par DiversCités demeurent insatisfaites : apposition de panneaux explicatifs au côté des plaques des rues portant le nom de personnalités de la ville ayant eu affaire, de près ou de loin, au commerce de la traite ; édition par l’Office du tourisme d’un guide de la traite ; création d’un comité de pilotage pour l’établissement d’un projet global de reconnaissance et enfin ouverture d’un lieu d’information et de documentation sur la traite.
Si Alain Juppé aurait accepté l’idée de la création d’un comité de pilotage, en revanche, il se serait opposé à l’ajout de plaques explicatives préférant baptiser “à la sauvette et de manière quasi secrète”, selon Karfa Diallo, des rues du nom de résistants noirs et de militants abolitionnistes. Pour les animateurs de l’association, il s’agirait là d’une façon de se débarrasser de cette mémoire encombrante.
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Novembre 2005
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