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  Tanbou libète - La saison des comptes


Paul Laraque



foto:www.casadellapoesia.org





Born in Jérémie, Haiti, on September 21, 1920 under the pen name of Jacques Lemoir, he published many poems in the Haitian literary agazine Optique (1954-1956).

From 1961 to 1986, he lived in New York with his wife Marcelle Pierre-Louis. In 1964, he was deprived of his Haitian citizenship by the Duvalier dictatorship. He was the first author to win the Casa de las Américas Prize in French (1979). He went to Cuba as a member of the Casa literary jury in 1981. At the end of the Duvalier dynasty in 1986, Paul and Marcelle went back to Haiti after 25 years in exile.

Former secretary-general of the Association of Haitian Writers Abroad (1979-1986), he is the author of several poetry books in French and in Creole, the language of Haitian people; some were translated in Spanish, English and Italian. Camourade (Camarade/Comrade and Amour/Love), translated from French into English by Rosemary Manno, was published by Curbstone Press in 1988, with an introduction by Jack Hirschman.

Paul’s second exile started with the overthrow of Jean Bertrand Aristide as president of Haiti in 1991, and the murder of his own brother Guy F. Laraque, a poet and a literary critic, the same year in Port-au-Prince.



Tanbou libète


men-n ap bat tanbou
men-n ap frape solèy
dwèt nou se bagèt
chak kout tanbou se limyè
van ap soufle
loraj ap gwonde
chak kout tanbou se zèklè
sot l’Afrik
al Sen Domeng
sot Sen Domeng
al Ayiti
soti Ayiti
al kiba
tanbou ap kata
depi Kaonabo
jouk Tousen-Louvèti
depi Desalin
jouk Peralt
depi Akao
jouk Kastro
tanbou loraj ap gwonde
tout nèg mawon kanpe
tout fanm vanyan ap danse
tanbou sila-a
se dife lan chan kann
tanbou sila-a
se tanbou revolisyon
se tanbou
libète



La saison des comptes

à la mémoire de mon frère l’écrivain Guy. F. Laraque, assassiné sous Cédras

La femme qui passe avec son sourire
et l’homme qui cherche son ombre
se rencontrent au carrefour de Legba
mais ne se reconnaissent pas
que faire sinon t’égarer
sur les pas de l’aimée
forêt du petit Poucet
village d’Antoine-lan-Gommier les arbres
chantent comme les hommes
ou les hommes comme les arbres
à la tête de l’eau
sous les sept couleurs de l’arc-en-ciel
la Simbi donne du sel aux zombis
c’est la dernière fée qui restera


se livrer au sommeil
pour que poésie s’éveille
Erzulie au bois dormant
sous l’arbre vert du serpent
samba de la nuit rouge
l’ombre du marron bouge
l’herbe que soulève le vent
est la chevelure de l’enfant
tué par son père
c’est la chanson que la nuit emporte
jusqu’à l’oreille de la mère
qui veille la porte
où est-ce l’enfant
qui a tué son père
et chante sa déraison

Joseph au pays des merveilles
pays perdu
et retrouvé
merveille de l’adolescence
où s’aimer
dans la liberté
traverser le miroir
avec la clé des champs
mythe ou histoire
Ogoun tue les méchants

les blancs ont débarqué
le petit soldat est tué
le pays conquis
les blancs sont repartis
les rois nègres
sont les loas de la mort
démasqués
les rois nègres
ne sont plus rois
seuls le sont les étrangers

après la danse
les tambours sont lourds [1]
la femme a cassé les eaux
mais ne peut pas accoucher
il faut le couteau
pour que naisse la liberté
organisation et résistance
sont les seules clés de la délivrance
la révolution n’aura pas avorté

contes à faire dormir debout
ou rêver les yeux ouverts
voici venir votre saison
la saison des comptes
le temps de briser notre croix
le temps pour Bouki de récolter
le temps de changer le temps
et de transformer le rêve en réalité.



Juin 2005




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