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Le crime de Napoléon - Entretien avec Claude Ribbe



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foto: www.claude-ribbe.com



(voir aussi: Napoléon a tué autant de noirs que possibles dans les Antilles,
selon Claude Ribbe
)




[Extrait]


[...]

Napoléon avait-il une volonté de génocide dans sa répression des noirs de Guadeloupe et d’Haïti ?

Napoléon était très pratique. Il savait bien que le fait de mettre des citoyens français en esclavage serait difficile. Ces citoyens français ne pensaient pas, en tout cas pas plus que nous ne le penserions aujourd’hui, retourner en Esclavage. Napoléon savait qu’en Haïti et en Guadeloupe, il y avaient des dizaines de milliers de soldats français de couleur et que remettre en esclavage une population qui avait goûtée à la liberté serait difficile.

Autrement dit, il lui fallait des centaines de milliers de soldats pour encadrer les 750 000 nouveaux français, anciens esclaves. Remettre en esclavage des personnes qui sont libres depuis dix ans, suppose tout de même un certain service d’ordre.

Napoléon prend alors la décision abominable de tuer une partie de la population. Il commence à le faire en Haïti et en Guadeloupe en décidant d’abattre les Français libres et de les remplacer par des esclaves directement venus d’Afrique. Au moment où les expéditions militaires partent en 1802 rétablir l’ordre, des bateaux négriers partent de Nantes, de La Rochelle et de Bordeaux vers l’Afrique pour ramener du monde. Une solution, pour Napoléon, conforme aux intérêts du commerce et de la prospérité française. C’est ignoble mais c’est comme ça que ça s’est passé.

Comment expliquez qu’un tel phénomène n’ait pas été dit plus tôt par des intellectuels ?

D’autres en ont parlés avant moi, mais soit on ne les a pas entendus, soit on ne les a pas lus. Il y a des gens qui parlent de l’utilisation des gaz comme Victor Schoelcher dans sa « Vie de Toussaint Louverture » publié en 1889. Il en parle à cette époque mais ça n’a pas la même résonance qu’aujourd’hui.

Je suis le premier, en revanche, à exhumer des textes qui en témoignent et en attestent. On a utilisé de l’oxyde de soufre pour gazer des citoyens français, hommes, femmes, enfants, dans les caves de bateaux de la Marine. C’est une révélation qui à mon avis est assez dévastatrice.

Certains reprochent à Olivier Pétré-Grenouilleau, historien spécialiste de l’Esclavage, de faire du révisionnisme quant à cette période. Qu’en pensez-vous ?

Olivier Pétré-Grenouilleau n’est pas dans un débat. Il assène une vérité officielle. Jusqu’à aujourd’hui, la plupart des médias colportaient ce qu’il dit comme une vérité officielle. C’était l’homme qui savait.

Il avançait des chiffres qu’il tirait de son chapeau et tout le monde les reprenait. Il faut prendre garde à cette tentation qui, quand ça arrange certaines personnes, consiste à prendre au hasard tel ou tel historien sous prétexte qu’il enseigne dans une université française. Ce n’est pas parce qu’il a l’onction de l’Université qu’il ne doit plus avoir aucun sens critique. Olivier Pétré-Grenouilleau a le droit d’écrire les livres qu’il veut mais il a aussi le droit d’être contesté.

Quand il dit, dans un entretien accordé au « Journal du dimanche » le 12 juin 2005, que la loi Taubira pose problème et qu’elle est de nature à renforcer l’antisémitisme en France, on est quand même en droit de s’émouvoir et de se demander quel rôle joue ce prétendu historien à travers ces déclarations. C’est un peu inquiétant.

On aimerait qu’il existe un débat et non pas une vérité unique. Le fait de travailler sur l’Histoire n’autorise pas à tenir des propos insultants ni à déclarer que la notion de descendants d’esclaves pose problème. Si je disais que la notion de descendants de déportés pose problème, je pense qu’il y aurait une levée de boucliers. _ Venir dire ça, c’est provoquer tous les Ultramarins. C’est provoquer 4% de la population française, des gens qui sont descendants d’esclaves déportés, descendants de citoyens français remis en esclavage ou massacrés parce qu’ils résistaient.

Quand je vois monsieur Pétré-Grenouilleau venir comparer ce qui se passait en Mésopotamie au IXème siècle et ce qui se passait en Haïti au XVIIIème, c’est comme si je comparais ce qu’il se passe en banlieue aujourd’hui avec ce qui se passait dans l’histoire mérovingienne. Il ne faut tout de même pas prendre les gens pour des imbéciles !

A quelles réactions vous attendez-vous lors de la sortie de ce livre ?

Je donne des éléments aux lecteurs. Il y a parmi eux beaucoup d’Ultramarins que ça intéresse. J’espère que ceux là vont enfin avoir les informations qui leur permettront de se faire une opinion. Quand ils apprendront que Ambroise Régnier, signataire de la circulaire du 8 janvier 1803 interdisant, je cite, « à un blanc d’épouser une négresse et à un nègre d’épouser une blanche », est au Panthéon, ça va leur faire drôle.

[...]





Janvier 2006




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